Chaque matin, des milliers d’éleveurs français attendent les mêmes informations – celles qui peuvent remettre en question une traite, déclencher un traitement ou rassurer sur la qualité d’une collecte. Depuis 2006, une seule plateforme centralise ces données pour toute la filière laitière nationale. Et pourtant, bon nombre d’éleveurs découvrent tardivement ses fonctionnalités les plus utiles.
Origine et rôle d’Infolabo dans la filière laitière
Infolabo naît en 2006 sous l’impulsion de l’interprofession laitière française. Derrière cet outil, on trouve le CNIEL – le Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière – créé en 1974. Cette structure regroupe les producteurs de lait de vache, les entreprises laitières privées, les coopératives, ainsi que les acteurs de la distribution et de la restauration collective. Son rôle : organiser la maîtrise de la qualité et de la traçabilité à l’échelle nationale.
Infolabo porte précisément cette mission sur le terrain numérique. La plateforme permet aux éleveurs de consulter et de recevoir leurs résultats d’analyse de lait cru, à tout moment et depuis n’importe quel support. Son périmètre ne se limite pas à la filière bovine : les filières ovine et caprine l’utilisent également, ce qui en fait un outil transversal pour l’ensemble des productions laitières françaises.
À quoi servent concrètement les données disponibles sur Infolabo?
Les laboratoires agréés prélèvent et analysent le lait cru sur plusieurs critères simultanément. Les résultats remontent sur la plateforme généralement dans les 24 heures suivant le prélèvement, ce qui laisse peu de temps mort entre la collecte et la prise de décision.
Les critères suivis couvrent l’essentiel de ce qu’un éleveur doit surveiller :
- Cellules somatiques – indicateur direct de la santé du pis et du risque mammite
- Germes – reflet des conditions d’hygiène au moment de la traite
- Matière grasse et matière protéique – critères de composition qui influencent directement la valorisation du lait
- Résidus d’antibiotiques – contrôle réglementaire systématique
- Critères régionaux spécifiques selon les cahiers des charges locaux
Cette fréquence de contrôle ne relève pas du volontariat. La loi Godefroy de 1969 impose un minimum de trois contrôles par mois pour tout élevage livrant du lait. Infolabo s’inscrit donc dans un cadre réglementaire ancien, qu’il modernise en rendant les données accessibles en temps quasi réel.
Comment accéder à son compte Infolabo?

L’accès à la plateforme ne fonctionne pas comme une inscription en ligne classique. Vous ne pouvez pas créer un compte de façon autonome depuis le site. C’est votre laiterie ou votre coopérative de collecte qui vous fournit votre identifiant après réception d’un formulaire dûment rempli.
Le délai à prévoir est de dix jours à compter de la réception du formulaire. Ce n’est pas anodin pour un éleveur qui vient de rejoindre une nouvelle coopérative ou qui change de laiterie : pendant cette période, les résultats sont produits mais l’accès numérique n’est pas encore actif.
Une fois l’accès ouvert, chaque connexion est nominative. Votre compte est protégé par un identifiant personnel et un mot de passe unique. Ce choix architectural traduit une logique professionnelle claire : chaque accès est traçable, chaque consultation est rattachée à un éleveur identifié. La plateforme n’est pas pensée pour être partagée entre plusieurs personnes sur un même compte.
Infolabo est-il gratuit pour les éleveurs et les laiteries?
La réponse est sans ambiguïté : Infolabo est entièrement gratuit, aussi bien pour les éleveurs que pour les laiteries et coopératives. Toutes les fonctionnalités de consultation, l’accès aux historiques, les graphiques, les alertes en ligne – rien de tout cela ne génère de facturation.
Le seul poste de coût optionnel concerne les alertes par SMS. Si vous souhaitez recevoir vos résultats directement sur votre téléphone par message texte, le service est facturé environ 30 euros par an. C’est un montant modeste, mais il reste facultatif : les notifications via l’application mobile, elles, sont gratuites. Pour la plupart des éleveurs équipés d’un smartphone, l’application constitue donc une alternative sans surcoût à l’abonnement SMS.
Extranet Infolabo : que peut-on suivre sur cinq ans de données?
L’extranet Infolabo va bien au-delà de la simple consultation du dernier résultat. La plateforme conserve et met à disposition les données des cinq dernières années pour chaque élevage. C’est une fenêtre temporelle suffisamment longue pour identifier des tendances saisonnières, des dérives progressives ou des améliorations à la suite d’un changement de pratiques.
Ces données ne se présentent pas sous forme de tableaux bruts. L’extranet les restitue en graphiques, ce qui facilite la lecture des évolutions dans le temps. Un pic de cellules somatiques en janvier, une remontée des germes après un vêlage groupé – ces signaux sont bien plus lisibles sur une courbe que dans une colonne de chiffres.
Chaque éleveur peut également configurer des seuils d’alerte personnalisés par critère. Vous définissez à quel niveau de cellules somatiques vous souhaitez être prévenu, ou à partir de quel taux de germes une notification doit partir. Cette personnalisation permet d’anticiper avant d’atteindre les seuils réglementaires ou contractuels, plutôt que de subir le résultat.
L’application mobile Infolabo : ce qui a changé depuis août 2023

La refonte de la plateforme a abouti à une nouvelle version mise en ligne en août 2023. Le changement le plus visible pour les éleveurs : Infolabo se décline désormais en application mobile, disponible sur iOS et Android.
Sur iPhone, l’application nécessite iOS 15.1 ou une version ultérieure. Sur Android, elle est accessible via le Google Play Store avec plus de 10 000 téléchargements recensés sur cette seule plateforme. Au total, selon les données disponibles, l’application a été téléchargée 15 000 fois depuis son lancement, avec environ 250 nouveaux téléchargements sur les 30 derniers jours – des chiffres cohérents avec une diffusion progressive dans un milieu professionnel agricole.
La fonctionnalité centrale de cette application : les notifications push à réception des résultats. Dès que le laboratoire transmet ses données, une notification apparaît sur votre écran. Vous n’avez plus à vous connecter manuellement pour vérifier si les résultats sont arrivés. Pour un éleveur qui gère seul son exploitation, cette réactivité change réellement l’organisation de la journée.
Infolabo mylab : quelle différence avec la version standard?
La mention « mylab » dans les recherches autour d’Infolabo renvoie à une déclinaison fonctionnelle de la plateforme, distincte de l’accès web classique. Infolabo mylab s’adresse en priorité aux laboratoires d’analyses et aux structures de collecte qui souhaitent un niveau d’intégration plus poussé dans leurs propres outils de gestion.
Là où l’extranet standard répond aux besoins d’un éleveur qui consulte ses propres résultats, mylab permet une gestion de données plus fine côté opérateurs : suivi multi-élevages, exports structurés, intégration dans des systèmes informatiques existants. C’est un outil pensé pour les techniciens de laiterie, les conseillers d’élevage ou les responsables qualité qui travaillent sur des volumes de données importants.
Pour un éleveur individuel, l’accès web classique et l’application mobile couvrent l’ensemble des besoins quotidiens. Mylab intervient dans une logique d’usage collectif ou professionnel avancé, pas dans la consultation personnelle de résultats.
Infolabo reste un outil réservé aux professionnels de la collecte laitière
La plateforme n’est accessible à aucun consommateur, aucun particulier, aucune structure extérieure à la filière. Ce n’est pas une lacune – c’est une conception délibérée. Les données qui transitent par Infolabo relèvent du secret professionnel et de la relation contractuelle entre un éleveur et son acheteur de lait.
Le CNIEL, en tant qu’interprofession, pilote l’outil dans cette logique fermée. L’accès conditionné par la laiterie ou la coopérative n’est pas un obstacle bureaucratique : c’est la garantie que chaque personne ayant accès à un compte est bien un acteur identifié de la chaîne laitière. Cette architecture protège aussi les éleveurs, dont les données de production restent cantonnées à leur propre espace.
Ce que les éleveurs retiennent de l’usage quotidien d’Infolabo
Les retours d’usage convergent assez clairement sur quelques points. La réactivité des résultats en moins de 24 heures est systématiquement citée comme le premier atout. Pour un éleveur qui attend une analyse suite à un traitement ou à un vêlage difficile, ce délai court fait une vraie différence opérationnelle.
Les alertes personnalisées reçoivent également de bons retours, à condition d’avoir pris le temps de les configurer. Beaucoup d’éleveurs découvrent cette fonctionnalité tardivement, parfois des mois après l’ouverture de leur compte. Une fois les seuils en place, l’outil devient proactif plutôt que simplement informatif.
L’application mobile, depuis sa refonte d’août 2023, est perçue positivement par ceux qui l’ont adoptée. La notification push évite l’oubli de consulter la plateforme – habitude difficile à ancrer sur le long terme. Quelques éleveurs signalent néanmoins que l’ergonomie de l’application reste perfectible sur certains écrans Android selon les versions.
Deux points de friction reviennent régulièrement. Le premier : la dépendance à la laiterie pour l’ouverture du compte. Un éleveur qui change de coopérative doit recommencer la démarche depuis zéro, avec un nouveau délai de dix jours. Le second : la prise en main initiale sans accompagnement, car la plateforme propose peu de tutoriels intégrés. Dans les deux cas, le contact avec le service technique de la laiterie reste le passage obligé – ce qui fonctionne bien quand la relation est fluide, moins bien dans le cas contraire.
Au bout du compte, Infolabo remplit ce qu’il promet : rendre visible, en temps réel, la qualité d’un lait qui reste invisible à l’oeil nu. C’est peu glamour, mais c’est exactement ce dont un éleveur a besoin à cinq heures du matin.